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« Les gens disent que vous, en tant que jeune, vous n’irez pas voter aux élections européennes, qu’en pensez vous? »


A l’occasion du passage à Saint-Etienne du projet d’AEGEE/ European Students’ Forum, « Europe on Track », nous avons décidé d’aborder la thématique des élections européennes.

En effet, le projet européen « Europe on Track » vise à récolter le ressenti des jeunes européens sur différentes thématiques, ainsi que dans l’optique des élections parlementaires européennes de mai 2014 à les sensibiliser aux enjeux qu’elles représentent.

Avec l’aide de Lucia Sobekova ( Slovaquie), Gergő Kalamár ( Hongrie) et Monica Nica ( Roumanie), les trois jeunes du projet « Europe on Track », nous avons, donc, mené notre « porteur de paroles » devant la Bibliothèque Unviersitaire du Campus Tréfilerie sur la question: « Les gens disent que vous, en tant que jeunes, vous n’irez pas voter aux élections européennes, qu’en pensez vous? »

Le matin même, nous étions, déjà, intervenu au sein de l’Université Jean Monnet en demandant aux étudiants ce que l’Europe était pour eux et les retours avaient, déjà, été flagrants. Aucun d’entre eux n’avaient associé l’ « Europe » avec l’idée de mobilité, le programme Erasmus ou l’espace Schengen et la liberté de circulation, l’Europe n’était pour eux qu’un ensemble de pays, une bureaucratie un peu loin de leurs préoccupations ou parfois, reliées aux évènements actuels en Ukraine ou à l’entrée de la Turquie dans l’UE.

Lors de notre « porteur de paroles » de ce lundi après-midi ensoleillé aux abords de la BU, alors que les étudiants prenaient leurs pauses dans des révisions intenses, nous avons réalisé que l’Europe restait, encore, loin des préoccupations quotidiennes, non pas que l’importance de l’Europe n’ait été niée.

C’est possible que je n’aille pas voter aux prochaines élections européennes. Ca me parait tellement loin, les structures, les personnes à élire. Pourtant, c’est pas un manque d’intérêt pour l’Europe.” Justine, 25 ans.

Les jeunes ressentent, peut être, pas le niveau d’impact de l’Europe” Marjolaine, 23 ans.

Si la majorité des étudiants avec lesquelles nous avons discuté ne pensait pas aller voter aux prochaines élections européennes, ils justifiaient cela, principalement, par un important manque d’information sur les enjeux que les élections parlementaires européennes du 25 mai prochain représentent.

“ Pour élire qui? Pour élire quoi?” Ania, 18 ans.

“ Je pense qu’ils ont raison, je n’ai pas suivi les élections européennes, les programmes. On n’est pas informé correctement. Je pense que rien n’est fait pour que les personnes soient concernées. Je pense qu’il y a un gros travail pour que la jeunesse prenne conscience qu’elle puisse avoir un impact sur les prises de décision.” Amna, 25 ans.

Les institutions européennes n’étaient pas jugées seules responsables de ce manque d’information et de communication autour des élections du mois prochain. En effet, les média nationaux avaient leur part de responsabilité dans les paroles récoltées.

“ Ils font tout un pataquès pour les élections en France, mais les Européennes, ça passe à trav’…”. Alizée, 21 ans.

“ Oui, c’est possible… Manque d’informations… Pourtant, l’Europe, c’est important.” Dorine, 21 ans

Les procédures de vote selon la nationalité étaient, également, mises en cause dans cette question du vote aux élections européennes.

“ Je m’y intéresserais bien… quand j’aurais une carte d’identité française.” Rahna, 23 ans.

“ I will not vote because in my country, I can not delegate my vote for european elections. This should not depend on national policies.” Lucia, 24 ans ( Slovaquie).


Sur l’ensemble des retours que l’on a pu avoir de notre « porteur de paroles », seulement trois jeunes ont souligné qu’ayant le droit de vote, ils iraient voter.

“ I will, definitely, vote because otherwise my interest as a young person will be further ignored by the politicians.” Monica, 27 ans ( Roumanie).

 

“ Il y a des gens qui sont morts pour ce droit, donc je vais voter, et si tu n’as pas été voter, alors faut pas se plaindre, si on n’est pas content.” Nadège, 20 ans.

“On a le droit de voter, alors moi, je vote.” Robin, 20 ans.

 

Face à ces retours sur une thématique européenne, finalement, peu abordé et dans le cadre de notre mission de service civique au sein des associations RAISO et Dynamiques Plurielles, une journée d’actions et de sensibilisation sera organisé à l’occasion de la Fête de l’Europe, vendredi 9 mai. Restez à l’écoute et gardez en tête que l’Europe -qu’on le veuille ou non – impacte notre vie de tous les jours beaucoup plus qu’on ne le pense! 😉

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Pourriez vous imaginer partager autre chose que des discussions?

Alors que la « Quinzaine des Tiers Lieux » aura lieu à Saint-Etienne du 7 au 18 avril 2014, nous avons voulu nous pencher sur l’idée du « partage » pour notre dernier « porteur de paroles » en date. D’abord, pour les néophytes de l’espace de co-working et autres lecteurs curieux de compétences partagées et d’outils à disposition, il peut être bon de clarifier ce qu’est un « tiers-lieu » et d’en dire, un peu, plus sur cette « Quinzaine des Tiers Lieux » dans laquelle s’inscrivait l’idée de notre question.

 

Un « tiers-lieu », c’est, un peu, une troisième voie dans un contexte de crise, entre les approches de « résolution » par le haut à travers des grandes conférences et celles par le bas, des initiatives persos. C’est un lieu créatif et coopératif inscrit dans une démarche d’ouverture, de transparence et d’appropriation par chacun des retours d’expériences pour construire ensemble une autre façon de vivre et de travailler. Dans ce cadre là, « les explorateurs locaux, nationaux et internationaux des nouvelles manières de penser, concevoir et organiser les ressources d’un territoire se réunissent dans différents (tiers) lieux stéphanois ». Mais revenons en à notre question, pourriez vous imaginer partager autre chose que des discussions?

 

« Un véhicule…, un repas…, des savoirs en donnant des cours de théâtre; par exemple, on peut partager des opinions. Partager tout simplement des bons moments. », Seb, 35 ans.

 

 

 

Les paroles récoltées en un mercredi après-midi ensoleillé de mars sur le parvis de la Mairie de Saint-Etienne racontaient toutes une histoire. Investir l’espace public pour créer du débat citoyen, telle est la mission d’un « porteur de paroles », a pris tout son sens ce jour-là. De la curiosité, de l’interrogation, d’abord, puis des bribes de vie, des histoires de vécu ici et là ou simplement deux-trois mots au passage, des enfants en trottinette, des personnes plus âgées, des étudiants, les habitués de la place de la Mairie, des passants pressés,…

 

 

 

« Je peux partager des jeux avec mon frère.« , Killian, 9 ans

 

« Je prête ma trottinette, mon skate, mes jouets, mes stylos…« , Lohan, 6 ans.

Certaines paroles portaient un regard assez triste sur le « partage » dans la société dans laquelle nous évoluons tous, y voyant plus de l’isolement et une certaine peur des échanges.

« Je suis tout seul, c’est pas évident« , Age et nom inconnu.

Au contraire, beaucoup imaginaient partager plus que de simples discussions.

 

Certaines appliquant le vers du poete français du 18e siècle, Jacques Delille, « le bonheur le plus doux est celui que l’on partage »…

« Des bisous, des massages,… des regards et des projets.« , Raphael, 23 ans.

…D’autres racontant l’histoire d’un homme qui a connu la rue ou de ces deux jeunes hommes à la recherche d’une « punchline » sur le partage.

« Si tu as faim, viens manger. Si tu as soif, j’ai à boire. Si tu veux dormir, je t’invite le temps dont tu as besoin.« , Joel, 60 ans. 

 

 

 

« On partagerait même un grain de riz.« , Ali & Wissem, 21 ans.

Enfin, pour certaines, l’idée de partage était celle de partager ensemble pour mieux vivre, comprendre, apprendre, échanger. Un peu dans la logique de consommation collaborative et de partage de compétences, d’expériences et d’outils que porte la « Quinzaine des Tiers-Lieux »…

 

« Je pensais m’inscrire au SEL [NDLR: Système d’Echange Local]; sortir ponctuellement du système capitaliste.« , Alexis, 44 ans.

 

 

« Au niveau des objets, je pourrais partager n’importe quoi; des bouquins, des connaissances, des savoirs, des services, des ustensiles de cuisine, des bons moments… Peut être pas ce qui me tient vraiment à cœur, mais par contre, apprendre la guitare en échange d’un cours d’espagnol…« , Amna, 25 ans.

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Quelles relations avez-vous avec des personnes d’autres générations ?

Alors qu’une grande enquête de France Télévisions a été lancée à l’automne dernier sur cette « Génération …? » ( prononcé Génération Quoi?) des 18 – 34 ans en France et alors que la société française fait, également, face à l’allongement de la durée de vie, aux modifications des structures familiales et à une certaine crise des solidarités institutionnelles, la question abordée dans notre première pratique de service civique sur le « porteur de paroles » aura été celle de l’intergénérationnel. Ce « gros » mot que l’on entend de plus en plus fréquemment, sans pour autant en saisir toujours la teneur. Alors, et vous « Quelles relations avez-vous avec des personnes d’autres générations? ».

 

« Dès qu’il y a plus de 10 ans d’écart, on est pas sur les mêmes schémas de pensée. », Nicolas, 32 ans.

 

Au cours de ce premier temps de « porteur de paroles » que nous avons réalisé un mardi de février, place du Peuple à Saint-Etienne, les mots « partage », « transmission », « expériences », « famille » sont ressortis à plusieurs reprises. L’idée d' »isolement » et d’une certaine rupture entre les générations n’ont pas été omises, non plus.

 

« Sur le plan familial, je m’entends bien avec tout le monde. Pas de soucis par rapport à l’âge. Socialement, c’est différent. Les relations inter-générationelles… les anciens pour la transmission de mémoire et les plus jeunes par rapport à ce que tu veux transmettre. » Amna, 25 ans.

 

L’importance de la transmission et de la mémoire collective étaient au cœur des paroles récoltées. Les relations entre générations étaient, alors, vu comme des échanges positifs, des moments d’interaction et de partage.
« Faut pas se bloquer sur des âges, mais qu’on se base sur le vécu. Partager des expériences, des idées. » Louise et Laura, 16 & 17 ans.

 

« Au niveau professionnel, je suis en relation avec plusieurs générations, je suis aide soignante. Ils me racontent des histoires, c’est plaisant. » Chantal, 25 ans.

 

Il est également ressorti, qu’importe l’âge et la génération baby-boomers, x ou y, la richesse ou non des relations venait de chaque personne, de son vécu et de ses expériences.

 

« Je suis plutôt entourée de « jeunes ». Je ne vois mes grands-parents que dans le cadre familial; on n’est pas de la même génération, on n’a pas les mêmes points de vue, les mêmes positions. Je sais pas si c’est parce que la société a évolué… » Marine, 20 ans.

 

« Moi, je suis pas d’accord! Mon père a 80 ans, il était jeune! Il était joyeux et ouvert d’esprit. Le jour de son enterrement, il y a eut tellement de monde qu’il a fallut bloquer la rue! » Fatima, 47 ans.
« Niveau « amis », on côtoie plein de générations. L’âge, c’est pas physique, c’est dans la tête« , Magalie et Céline, 31 ans.
Les paroles récoltées au cours de ce premier « porteur de paroles » de notre mission de service civique ne peuvent être résumées en une phrase, ni un article. Tout comme la société est diverse, les expériences partagées sont variées. Chacune des personnes qui se sont arrêtées, avec qui nous avons pu discuter et desquelles nous avons récolté la parole ont par leur vécu, leur expérience de la vie et leur entourage, une appréhension différente des relations entre générations.
Cela nous a, également, permis de réfléchir à ce qu’était une génération, si une génération se construisait vraiment en opposition à la précédente, si on apprenait de chacune et comment cette transmission entre générations était autant importante que pesante, parfois. On laissera le mot de la fin à Karl Mannheim, sociologue allemand du début du XXe siècle, pour qui une « génération » est un « ensemble de personnes ayant à peu près le même âge mais dont le principal critère d’identification sociale réside dans les expériences historiques communes et particulièrement marquantes dont elles ont tiré une vision partagée du monde« .
« Quel que soit ton âge, bonne chance! » Brian, 40 ans.